Partage et déroulé d’un Entretien d’explicitation – n°1

Publié par

Le 24 juillet 2019

De Cynthia Pedrosa, ni Fée, ni Magicienne

Accompagnatrice en VAE, Conseillère en Bilan, DRH

Facilitatrice en émergence de Compétences, Fondatrice de CBP SOCIAL CONSULT et CBP CE

 

 

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L’entretien d’explicitation n°1

D’une gêne et d’une situation mécanique à un récit détaillé et contextualisé

 

J’avais envie de partager avec vous un bout d’entretien d’explicitation que j’ai mené récemment, dans le cadre d’un accompagnement VAE. Xavier a 35 ans et est Agent de Sécurité depuis plus de 10 ans. Il aspire à obtenir un diplôme de niveau IV en Sécurité et Prévention.

J’avais envie de partager ce bout d’entretien car il me semble parfaitement dévoiler toute la pertinence de l’entretien d’explicitation. Par ailleurs, je dois avouer que je me suis prise dans le jeu de ce récit que Xavier m’a dévoilé une fois qu’il s’est senti libre de parole et à l’aise.

J’avais évidemment pris soin de préparer préalablement mon RDV d’accompagnement et ses objectifs. Une partie de cet entretien avait pour objectif que Xavier me détaille un événement en lien avec les gestes au premiers secours. Ce bout d’entretien d’explication a duré, approximativement, 30 minutes.

Je rappelle à Xavier qu’il devait me préparer, pour notre séance du jour, le récit d’une expérience qu’il m’avait rapidement relatée quelques semaines auparavant. En effet, Xavier m’avait indiqué avoir fait face, au cours de ses expériences professionnelles, à une femme qui s’était coupée et qui saignait.

J’ai laissé Xavier évoquer son expérience, avec une certaine timidité et peut-être une certaine forme de naïveté. Je me rendais alors vite compte que Xavier – certainement par habitude, pudeur culturelle et passion indéniable pour son travail – ne se posait pas la question du pourquoi ni du comment. Quand l’action est naturelle, il n’est souvent pas nécessaire de l’expliquer. Et dans le monde actuel, se mettre en avant, se dévoiler, dire « JE » est mal vu. On se voit qualifier de « narcissique » « d’égocentrique » « de prétentieux ».

Si les réseaux sociaux démontrent pourtant que nous aimons nous prendre en Selfie, visiblement affirmer « Je sais faire » est présomptueux.

Je sens, de toute évidence, que Xavier est gêné de se mettre en avant. Je repérais toutefois qu’il tentait de me positionner des expressions qui dénotaient et une chronologie mélangée.

En VAE, l’entretien d’explicitation joue un rôle important. Oui, il permet de détailler, « d’expliciter » pour mettre en évidence les compétences développées au cours de bon nombre d’années d’expérience. Mais l’entretien d’explicitation permet aux candidats de prendre conscience, de percevoir et de maitriser son talent, son expertise le tout mise en œuvre dans son propre contexte professionnel.

Xavier me détaille son expérience en toute simplicité. Je l’écoute avec la plus grande attention.

Mon rôle de facilitatrice m’empêche de le couper, de reformuler à sa place, de lui donner les mots qu’il a « sur le bout de la langue ». Je le laisse s’exprimer et terminer avant de débuter mon accompagnement sur ce sujet. Je me dois de conserver ma posture alors d’observatrice. Comme j’évite de prendre des notes, je dois porter une attention particulière à ce qu’il me relate pour pouvoir rebondir en reprenant ses propres termes.

Xavier :    Le 20 décembre 2018, je venais à peine de prendre mon service dans le Centre Commercial ABCD à 8h30.  L’une des dames vient me trouver au PC à 8h40 pour me faire savoir que l’une de ses collègues du ménage s’était blessée. Elle s’était coupé le doigt avec une paire de ciseaux en voulant déchirer un tissu dans le réfectoire du personnel. Je me suis rendu immédiatement en salle du réfectoire afin d’intervenir efficacement face à cette situation d’accident. 

 Sur les lieux, je suis allé chercher la trousse de sécurité d’urgence, je me suis assuré que le matériel de secours aux personnes était donc à sa place et en état de fonctionnement. Puis, je me suis lavé les mains avec de l’eau et du savon et j’ai mis des gants afin d’appliquer les règles d’hygiène. 

J’ai nettoyé la plaie avec une compresse afin de porter les premiers secours à cette dame blessée. Quand j’ai fini le nettoyage de la plaie, j’ai fait asseoir la victime. Afin de protéger la plaie et qu’elle s’arrête de saigner, j’ai fait un bandage. Une fois que le sang s’est arrêté de couler et que la plaie a été protégée, j’ai demandé à la femme de ménage (la victime) si elle était à jour pour la vaccination du tétanos. Elle m’a confirmé qu’elle l’était. Je lui ai aussi demandé si elle avait mal et elle m’a répondu « non ». 

Puis j’ai enlevé mes gants, je me suis nettoyé les mains avec de l’eau, du savon et de la javel. 

J’ai demandé à la victime de bien surveiller la plaie. Je lui ai indiqué de contacter son médecin traitant si elle devient chaude, rouge, gonflée et devient douloureuse, car il pourrait y avoir une infection. J’ai donc mis en application mes compétences au profit de la sécurité au travail et en suivant les procédures spécifiques fixées en matière de prévention et de réaction face à un incident. Je suis ensuite retourné au PC pour continuer mon travail. J’ai aussi mentionné l’incident dans une main courante.

La victime demande est rentrée chez elle car elle avait fini son service »

 

J’avais pour objectif qu’il m’explique pourquoi ces gestes, comment il avait procédé et comment il avait géré son environnement. Je gardais en tête de ne pas l’influencer dans son vocabulaire, dans ses pensées, de ne pas le faire douter dans ses choix. J’ai senti que Xavier avait préparé également l’entretien, me relatant ce qu’il avait pris soin d’écrire soigneusement, manuellement.

 Je souhaitais aussi que Xavier soit à l’aise. Je ne lui avais pas facilité la tâche. Si Xavier est d’un naturel pudique et timide, qu’il n’est pas bavard, la journée était caniculaire… Il sortait d’une journée de travail. Il semblait fatigué. Je souhaitais qu’il ait envie de me parler. Je souhaitais qu’il se sente en confiance et qu’il libère sa parole. Les freins et la gêne de ne pas s’exprimer correctement est l’ennemi N°1 de l’accompagnateur VAE.

Accompagnateur :  « Xavier, merci de m’avoir partagé cette expérience. Je vous l’avais indiqué : cette expérience est très intéressante. Quand vous m’en avez très vite parlé la dernière fois, je vous ai, tout de suite, dit que cette expérience a sa place dans votre VAE. Pourquoi avoir choisi cette situation et cette personne. Racontez-moi »

Xavier :   « Cette dame saignait beaucoup, vous savez. Dès que la femme de ménage est venue me prévenir. J’ai tout de suite pris la trousse de secours dans la salle PC et j’ai couru…Je suis Agent de Sécurité. Je surveille pour éviter les vols mais je dois aussi faire attention aux gens. C’est important dans mon métier.

Attendez… j’ai oublié de vous dire que j’ai ouvert la trousse de secours avant de partir. Je voulais être sur qu’il y avait tout dedans. Et après je suis parti… J’ai pris l’initiative car je suis autonome dans mon travail.

Accompagnateur :   « Qu’il y avait tout ? »

Xavier :  « Oui, vous savez c’est important. Il y a des bandes, des pansements, des gants en caoutchouc, des compresses stériles, du désinfectant, des ciseaux, de la bétadine. Et Heureusement parce que quand je suis arrivé, la dame saignait beaucoup. »

Accompagnateur : « Que signifie « beaucoup » pour vous ? »

Xavier : « Il y avait du sang qui coulait…. C’était comme un petit filet d’eau à l’intérieur de son doigt. Le Majeur. L’entaille faisait 2 cm. La dame était paniquée. Je l’ai rassurée vous savez… c’est important de rassurer. Je lui ai dit « Comment ça va Madame ? » J’ai mis ma main sur son épaule. Quand je suis arrivée, elle était debout. Elle se trouvait dans le réfectoire. Je l’ai fait s’asseoir. Je l’ai aidé. Je ne parlais pas fort pour la rassurer.

Il fallait que je fasse vite, vous savez. Très vite… comment je peux dire…. Avec des gestes rapides, j’ai sécurisé le périmètre. J’ai écarté les tables à côté. Et aussi…. Eummmm…. J’ai écarté les autres chaises. Vous savez, c’est important c’est pour éviter … je ne sais pas si ce mot se dit …  Pour éviter les « sur accidents ». Mais franchement j’ai fait vite… moins d’1 minute. Mais vous imaginez si elle fait un malaise et que sa tête tombe sur le coin d’une table… c’est ça un « sur accident »

Accompagnateur : Ce mot me va bien d’autant que vous me l’avez expliqué. Vous me facilitez la tache ! Merci.

Xavier :  Je lui ai dit « Madame, je vais appeler les pompiers ». Madame ne voulait pas. Elle voulait partir.

En fait… du coup… j’ai « porté » les gestes de secours. Je me suis lavé les mains avec du savon et après du désinfectant, dans le réfectoire. Après, j’ai mis les gants en caoutchouc qui étaient dans la trousse. Je lui ai demandé si elle était vaccinée contre le tétanos car elle s’était coupée avec des ciseaux qui n’étaient pas nouveaux. Vous comprenez… Comment je peux dire. Les ciseaux… ils étaient anciens quoi…Elle m’a confirmée qu’elle était vaccinée.

Après, j’ai demandé aux 2 autres personnes, qui étaient encore là, de sortir du réfectoire.

Accompagnateur :  Pourquoi vous-êtes-vous lavez les mains ? C’est important ? Comment vous avez fait ?

Xavier : C’est très important même si je mets des gants. C’est pour éviter que la plaie de la victime : elle s’infecte. D’abord, j’ai enlevé ma veste et plié les manches de ma chemise pour qu’elles remontent et que ça ne me gêne pas. Vous comprenez, c’est important. C’est pour que je sois…. A l’aise en fait.

Comment je me lave les mains ? [Il rit] Comme ça [il me montre] ! Mais, c’est vrai que j’insiste plus entre les doigts et aussi les poignets, les ongles. Comme ça, je sais que si on ne sait jamais, le gant, il se troue… tout est propre quoi.

Après, je me souviens bien. J’ai pris une compresse stérile avec le désinfectant et j’ai commencé par nettoyer la plaie autour. Je tapotais tout doucement autour de la plaie puis j’ai essuyé. Le sang a continué à couler. J’ai pris une 2nde compresse et j’ai fait « tampon » sur la plaie. Je ne sais pas si vous comprenez…. J’ai fait comme ça [il me montre en sortant un kleenex et en appuyant sur le bord de la table] J’ai appuyé fermement mais je faisais attention à ne pas lui faire mal. Je lui demandais et je lui parlais pour savoir que ça allait, vous comprenez.

Accompagnateur : Vous deviez être stressé vous aussi ?

Xavier : Vous savez j’ai un CQP Agent de Sécurité et j’ai fais la formation SST l’année dernière. C’est important de respecter les étapes. Sécuriser, analyser, alerter si besoin, apporter les gestes de premiers secours.

Accompagnateur : Le fait d’avoir fait tampon a donc permis d’arrêter le saignement ?

Xavier : Oui mais il a fallu quelques minutes. Le fait de faire tampon permet de …de faire… vous savez… Je ne sais pas comment dire… c’est comme une compression. Ça arrête le sang. Ça comprime. J’ai changé la compresse…. Peut-être au bout de 3 minutes. J’ai soulevé un petit peu sur le côté pour voir si ça s’arrêtait. Quand ça s’est arrêté, j’ai encore changé la compresse. Et j’ai mis une bande. Ensuite, j’ai enlevé les gants et j’ai mis dans la poubelle. J’ai fermé la poubelle. C’est important que personne ne touche au contenu de la poubelle. Et j’ai été me laver les mains.

J’ai insisté vous savez pour les Pompiers. Elle ne voulait pas. Je lui ai demandé d’aller voir son médecin. Je lui ai demandé comment elle se sentait. Elle allait beaucoup mieux.

C’était la fin de son service. Elle est rentrée chez elle.

Je l’ai vu le lendemain. Elle m’a remercié. Vous savez : ça fait plaisir. Je suis peut-être qu’Agent de Sécurité mais dans mon métier c’est important de gérer ces situations. Ça fait partie du métier.

Accompagnateur : Et vous c’était la fin de votre service aussi ? Vous êtes rentré chez vous ?

Xavier :  Non je vous l’ai dit…. C’était le matin. Ça…. Ça m’a pris 25 minutes. Et puis après, il fallait que je remplisse la main courante pour qu’il y ait une trace ! C’était le début de ma journée.

Accompagnateur : Justement, la main courante… Racontez moi…etc etc etc… »

 

J’avais obtenu par cet entretien d’explicitation de nombreux éléments et cet entretien a permis à Xavier d’avancer sur sa VAE, notamment sur le domaine de compétences « Intervention». Bien qu’il me reste à obtenir davantage d’informations sur ce sujet, notre entretien s’est poursuivi sur l’explicitation de la main courante. Nous avons en effet une compétence prévue au référentiel sur la capacité de réaliser des rapports précis et détaillé, oraux et écrit.

Je suis sortie de cet entretien satisfaite d’avoir avancé avec Xavier. Lui-même m’a confié en partant qu’il se sentait effectivement gêné de parler constamment de lui, de ce qu’il faisait… mais que finalement « ça lui faisait bizarre mais il se sentait fier ».

Le sentiment d’accomplissement est important en VAE. Cette petite chose qui vous fait prendre conscience de votre propre talent. Soyez fier de ce que vous accomplissez. Comprenez le pourquoi. Ne restez pas sur votre faim. Travaillez mécaniquement pour gagner du temps… nous le faisons tous à un moment ou un autre. Mais finalement, décortiquer, donner du sens à ce que l’on réalise, ce que l’on accomplit nous rend plus serein et plus heureux.

J’espère que cet article n’est que le 1er d’une longue série. J’ai l’envie de partager mon quotidien et notamment mon rôle de Facilitateur en VAE.

 

Cet entretien d’explicitation, avec une candidate VAE qui souhaite obtenir son DE Educateur Spécialisé, sur le sujet d’un massage SNOZELENE vous fascinera… Une prise de conscience… J’ai hâte de vous le relater !

A Bientôt,

Cynthia Pedrosa.

Ni Fée, ni Magicienne mais Passionnée

 

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Cet article a été écrit par Cynthia Pedrosa

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