D’un Burnout à Responsable QHSE

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Solène, si vous nous disiez d’où vous venez ?

« J’ai un parcours qui est assez chargé on va dire. J’ai d’abord obtenu un Master en 2009 en biotechnologie/microbiologie mais je n’ai pas réussi à trouver un emploi dans ce domaine parce qu’en France, le secteur de la biotech est très compliqué à intégrer. Je me suis reconvertie une première fois dans le domaine de l’analyse sensorielle. Nous faisions tester des produits à un panel de consommateurs, qui les notaient. Par exemple, les consommateurs pouvaient tester 4 yaourts de marques différentes. L’objectif était que les marques puissent soit se comparer entre elles, soit créer de nouveaux produits, soit améliorer certains de leurs produits déjà existants. C’est un métier « sympa », mais je dépendais beaucoup des horaires des testeurs qui participaient aux dégustations. Aussi, que je commençais le matin à 8h00-8h30 et je finissais aux alentours de 19h30-20h00. C’était un travail routinier. Je savais que, quand j’arrivais, j’avais telle tâche à réaliser en premier, après à 10h j’avais une réunion. A midi, j’en avais une deuxième… c’était une horloge en fait.

Au bout d’un peu plus de deux ans et demi, j’ai fait un burn-out, notamment lié à des problèmes internes de management et de relationnel en plus de la charge de travail conséquentes. C’était un peu compliqué. Il m’a fallu un an et demi pour aller mieux. Je me suis alors faite accompagnée par l’APEC. A l’époque, on avait déjà parlé un peu du domaine dans lequel je travaille désormais, mais sans plus et je voulais partir sur un métier de cœur. Je voulais être auxiliaire vétérinaire, mais le problème est que la formation se faisait uniquement en alternance. J’ai adressé ma candidature à 104 vétérinaires mais tous m’ont répondu par un refus, soit parce qu’ils n’avaient pas de besoin, soit parce qu’ils préféraient embaucher des apprentis plus jeunes que moi, pour des raisons de coût.

Finalement, fin 2015, j’ai intégré une enseigne de Grande Distribution en tant qu’Employée Polyvalente, mais j’ai rapidement été Responsable du rayon pain. Je faisais tout, de la cuisson à la mise en rayon, les commandes, le nettoyage et j’ai même formé des collègues parfois plus haut placées que moi, c’était assez complet. C’était très dur physiquement, mais c’était un bon magasin, avec une bonne équipe et une des premières choses qu’on m’a dites quand je suis arrivée dans mon rayon qui était un des secteurs les plus compliqué c’est « Si tu as besoin d’aide, tu viens nous chercher ». Dans mon esprit, c’était une lumière, parce qu’on ne m’avait jamais dit ça. Avant c’était « si tu ne t’en sors pas, tu te débrouilles, parce que tu es toute seule » et là, le fait que l’on me dise ça, c’était magique !

J’ai quitté l’entreprise fin 2019 parce qu’à partir de 2017, j’ai commencé à avoir de gros problèmes de santé, au niveau du dos notamment. C’est le physique qui m’a lâché, mais mentalement j’étais bien où j’étais. J’ai un de mes responsables qui aurait voulu que je monte un peu en grade, que je devienne Cheffe de Caisse ou Adjointe, mais ce sont des postes physiques. L’adjointe, le matin, va mettre en rayon les fruits et légumes et les cagettes font plus de 10 kilos. Pour ne plus faire de manutention, il fallait vraiment passer au-dessus du Responsable Magasin sinon toute la chaîne travaille dans le magasin comme n’importe quel employé. J’avais quand même essayé de me renseigner pour savoir s’il y avait des postes disponibles sur la Direction Régionale et un Responsable m’a dit « oui mais tu comprends, c’est compliqué »… Donc je me suis dit qu’il fallait que je parte. Je l’avais déjà fait une fois, donc je n’avais pas peur de recommencer. Je n’avais pas d’enfant à charge, donc plus facile de quitter un emploi quand on est dans cette situation. Et puis, mon conjoint a tout le temps enchaîné des CDD. Depuis que nous avons commencé à travailler, on a toujours eu des moments de battement, soit c’était l’un qui ne travaillait pas, soit c’était l’autre. Mais on s’en est toujours sorti, on a toujours trouvé un moyen. Il faut trouver le moyen de rebondir.

C’est pour cette raison que j’ai souhaité réaliser un bilan de compétences en 2018 : parce que j’étais un peu perdue. Je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire avec mon état de santé. Et au final, quand on a fini le bilan de compétences avec Sandra, j’avais déjà eu un contact avec un organisme de formation sur Rungis, le dossier Fongecif était fait, tout était prêt. Sauf que le Fongecif a refusé de me financer, parce que j’étais trop jeune, trop « diplômée » et je n’avais pas encore le statut de travailleur handicapé. Il fallait avoir plus de 50 ans, un diplôme équivalent ou inférieur au bac ou être reconnue travailleur handicapé.J’ai été reconnue travailleuse handicapée en 2019 et comme avec ma santé, c’était de plus en plus compliqué de rester à mon poste, j’ai préféré quitter mon emploi pour me consacrer vraiment à ma reconversion ».

Aujourd’hui, en quoi consiste votre nouveau métier ?

« J’ai suivi une formation de Responsable QHSE (Qualité Hygiène Sécurité Environnement) et actuellement, je suis en poste au sein d’une entreprise, leader mondial de la propreté. Je suis Correspondante QSE et à moitié Assistante d’Exploitation : 

  • Coté Qualité, je m’occupe de tout ce qui est en rapport avec le client : traiter les réclamations, faire en sorte qu’il y en ait le moins possible, aller contrôler le travail des Agents au quotidien, voir si les tâches sont bien effectuées, s’il n’y a pas d’oubli, etc…
  • Coté Hygiène Sécurité, je m’occupe de tout ce qui est EPI (Equipements de Protection Individuelle), équipement de protection collective aussi. Pour un soudeur, c’est, par exemple, installer une cabine pour le protéger à la fois lui et ceux qui travaillent autour. Tout l’aspect santé, avec la protection des salariés au niveau des TMS (Troubles Musculo-Squelettiques), parce qu’en ce moment, on en parle beaucoup. Ça va être, par exemple, faire des quarts d’heure de sécurité, des mini réunions avec les équipes pour leurs parler d’une thématique particulière qui les touchent : le risque de chute en hauteur, le risque de chute de plein pied, le risque des TMS, le fait de porter ses EPI, … Sur le site, nous avons aussi le plan de prévention qui répertorie tous les risques de coactivité puisqu’on travaille chez le client, donc le client a ses propres risques, dont il faut tenir compte et on a nous aussi des règles à respecter, pour que la cohabitation se passe bien.

Nos clients sont surtout des professionnels. Notre activité est liée aux appels d’offre. Donc, on va être en concurrence avec d’autres sociétés. L’entreprise demandeuse choisit souvent le meilleur rapport qualité/prix, mais c’est plus le prix qui passe avant ».

Avec recul, pouvez-vous nous parler de votre Burnout ?

« Personnellement, ça a surtout été les deux premières années, où c’était vraiment compliqué d’en parler et maintenant en fait, avec le recul, je me dis que ça a été un déclencheur pour avancer. Dans l’emploi que j’avais, ça ne se passait pas bien à tous les niveaux et il a fallu que je passe par le burnout pour m’en rendre compte et réussir à quitter mon poste.

Il y a eu quelques petits signaux avant. En fait, tous les matins, j’avais besoin d’imprimer des listes d’émargement pour mes panelistes. Et il y a eu un matin où je me suis rendu compte qu’il n’y avait plus d’encre noire dans l’imprimante et au lieu de me dire, ce n’est pas grave, je vais le faire à la main, j’ai paniqué. J’ai complètement paniqué, je suis partie presque en crise d’angoisse à cause de ça. Le deuxième signe a été quand j’ai eu un collègue au téléphone qui m’a dit «Fais attention, tu risques de finir comme moi. » parce que lui était en dépression à l’époque.

Ça c’était au mois de mai et au mois de juin, je suis arrivée un matin et je vomissais. J’essayais de boire, je vomissais, j’essayais de manger, je vomissais, enfin c’était terrible. Le midi je suis partie. Pour comprendre le contexte : dans mon laboratoire, j’étais toute seule. Tous mes responsables, je les avais par téléphone ou par e-mail et ils étaient à 400kms de moi, donc le dialogue n’était pas forcément évident et souvent, quand ils m’appelaient, c’était pour le côté négatif. Il n’y avait pas forcément de retour positif, mais que du négatif, même si j’essayais de faire de mon mieux. Et en fait ce jour-là, je vomissais et je les avais prévenus en leur disant que ce n’était pas possible et que j’allais partir à midi.

Eux auraient préféré que j’aille consulter le médecin à côté, pour que je puisse ensuite revenir travailler, mais j’ai refusé. Je suis allée voir mon médecin l’après-midi. Quand elle m’a vue rentrer dans le cabinet, elle m’a tout de suite dit « Là, il faut arrêter, c’est fini. ». Elle m’a mise en arrêt pour 2 semaines, pour dépression liée au travail, je ne sais plus le terme exact, mais ce n’était pas indiqué burnout, parce que ce n’était pas reconnu comme maladie à l’époque. C’était juste considéré comme une dépression, il n’y avait pas vraiment de mot qui étaient mis là-dessus. Après, l’erreur que j’ai faite, c’est que j’ai repris une semaine parce que derrière, j’avais deux semaines de vacances qui m’attendaient.

Là, ça a été une semaine horrible, parce que je ne voulais pas y aller, alors je pleurais à l’aller dans le train, je pleurais au retour dans le train, je pleurais au travail. Au final, après mes vacances, il y a eu un déclencheur. Sur Paris, nous avions deux laboratoires et de temps en temps, je faisais un remplacement sur le deuxième site. Ma collègue du deuxième laboratoire qui m’avait remplacée m’avait laissé un message très agressif, me disant que mon laboratoire n’était pas bien entretenu du tout, que c’était dégoutant. J’ai été mise plus bas que terre et ça a été le déclencheur. J’ai appelé ma responsable et je lui ai dit « Demain, rendez-vous, il faut qu’on parle. ». Nous avons de suite évoqué la rupture conventionnelle, parce que moi je savais que je ne pouvais plus rester dans ces conditions. Je ne leur ai pas trop laissé le choix. Pour moi, c’était soit ils acceptaient la rupture conventionnelle, soit j’allais aux Prud’hommes. Je pense qu’il se sont rendus compte dans quel état j’étais, dans quelle situation j’étais, c’est pour ça qu’ils ont accepté. C’était mieux pour tout le monde, je préférais couper les ponts, qu’on en reste là et qu’on n’en reparle plus jamais plutôt, que de me lancer sur une procédure qui peut durer 4 ou 5 ans, ça peut être très long. Sachant qu’à l’époque, ils avaient déjà une procédure autre sur le dos ».

Avez-vous eu un suivi médical pour vous aider à surpasser ce burnout ?

« Oui, oui ! J’ai eu à la fois Psychiatre et Psychologue. D’abord, un psychologue pour tout le travail de fond, parce que quand j’ai quitté mon emploi, j’avais une petite tendance phobique sociale, mais après je suis devenue complètement phobique. Je ne sortais plus de la maison, je ne supportais plus d’être au milieu des gens, donc il a fallu que je réapprenne tout ça, que je réapprenne à ressortir dans la rue, ne serait-ce que demander l’heure à quelqu’un dans la rue, ça m’a pris 2 mois je crois. Et puis phobique du téléphone aussi mais ça, encore aujourd’hui, par moment c’est un peu compliqué. A mon ancien travail quand on m’appelait, c’était pour me faire des reproches. Du coup décrocher le téléphone, c’était devenu impossible, passer des appels, c’était compliqué. Même encore maintenant, parfois c’est compliqué, si je ne connais pas le numéro qui m’appelle.

J’ai quand même eu 3 ans de thérapie avec la psychologue pour tout le travail de fond et pour reprendre confiance en moi. En parallèle, j’ai eu besoin de médicaments pendant un an et demi, d’abord prescrits par mon médecin traitant, puis par mon Psychiatre.

Après 6 mois de suivi avec le Psychiatre, on avait complètement arrêté les médicaments, parce qu’il avait trouvé le bon, que ça marchait très bien et que j’avais la thérapie à côté. L’inconvénient des traitements, c’est que ça assomme, je n’étais plus capable de conduire, j’avais tout le temps la tête ailleurs, mais les premiers temps il y a besoin de ça aussi pour rester là. La première année, concrètement, sous médicaments, je ne me souviens pas de grand-chose, mais après on voit et on ressent les évolutions sur soi. On se sent tout simplement revivre et puis quand on commence les premières démarches pour retrouver du travail, que finalement on arrive à en trouver un, c’est valorisant aussi. On se sent redevenir utile. La première année, c’est vrai que j’ai un trou au niveau de la mémoire. C’est vrai que sous médicaments, tout est altéré, donc je ne me souviens pas forcément de grand-chose. Je vais faire un peu de poésie, mais « c’est un peu comme une fleur au printemps qui d’un seul coup, s’ouvre et renaît une deuxième fois ».

J’ai aussi eu la chance d’avoir mon compagnon qui m’a aidé pendant tout le parcours, qui m’a soutenue pendant vraiment tout le processus et encore jusqu’à maintenant et sans forcément me mettre la pression. C’est-à-dire qu’il savait m’aider à faire des choses, à m’inciter à faire des choses, sans jamais me brusquer. Il m’a un peu sauvée. C’est très important d’avoir un entourage qui est là pour vous, ça fait beaucoup. Dans ces moments-là, on se sent complètement inutile, on se demande à quoi on sert et du coup, comme je lui dis souvent « Tu es le mur porteur dans ma maison. ».

Parce que c’est vrai que je me suis beaucoup dévalorisée, je me sentais comme une « bonne à rien » et ma Psy m’a dit « vous ne vous rendez pas compte du parcours que vous avez fait ». Finalement, il y a beaucoup de choses qui ont découlé de ce burnout et qui vont dans le sens positif. Il faut juste avoir, à un moment donné, le recul sur ce que l’on a vécu. J’avais aussi pas mal de choses à régler à coté et ce qui étais assez amusant, c’est qu’à chaque fois que j’allais voir ma thérapeute, je pleurais, parce qu’il y avait toujours quelque chose à sortir, à régler. A ma dernière séance, on s’est regardée toutes les deux et puis je ne savais pas quoi lui dire, je ne pleurais plus, parce que tout allait. On a discuté gentiment et à la fin elle m’a dit « Bon, ben… Je pense que c’est bon. Je serais toujours là s’il y a besoin ».

Avant votre reconversion, aviez-vous l’idée de vous diriger dans cette voie ?

« Je m’étais posée la question, quand j’avais fait mon suivi avec l’APEC. Ce poste était déjà apparu, parce qu’il pouvait s’apparenter, sur certains aspects, à ma formation de base. Je ne m’en sentais pas capable à l’époque, parce que ça me paraissait gros comme formation. Ça me paraissait compliqué et puis avec ce que j’avais vécu, je voulais vraiment un métier de cœur, de passion.

J’ai pensé au métier de QHSE, sans trop approfondir, parce que ça me paraissait vraiment lointain. J’avais l’impression que ça demandait beaucoup en termes de formation et finalement, ça s’est bien fait. J’ai réalisé un an d’alternance à partir d’octobre 2020 et à la fin de ce contrat, on m’a proposé un CDI. Mon responsable voulait absolument me garder, alors il a fait des pieds et des mains pour me garder et il a réussi. La formation que j’ai suivie décernait un diplôme de responsable QHSE équivalent à un diplôme entre un Bac+3 et Bac+4. C’est un titre professionnel ou certification professionnelle, qui atteste des connaissances acquises. Aujourd’hui, je suis encore dans l’entreprise, c’est très intéressant, c’est très varié. L’avantage c’est que comme l’entreprise m’a mise une double casquette, QHSE et Exploitation, je suis plus proche des équipes, ce qui me permet de mieux voir ce qui se passe sur le site. Parce que c’est vrai que souvent, le QHSE reste dans son bureau, il fait ses tableaux, il fait ses reportings, ses indicateurs, mais n’est pas forcément au contact des équipes qui sont sur le terrain. Là, l’avantage d’avoir la double casquette, c’est que c’est plus facile de se rendre compte de ce que les employés vivent au quotidien. Par exemple, quand on parle de l’aspect sécurité, comme on les voit travailler tous les jours, on se rend compte des points sur lesquels insister. J’ai souvent des Agents qui se penchent en avant pour nettoyer les plinthes et c’est vrai que régulièrement, je me dis « Tiens, c’est un point sur lequel il faut appuyer, en rappelant les gestes et postures ». J’ai donc un œil différent, par rapport à la personne qui reste dans son bureau.

Je suis directement au sein de l’équipe encadrante, chez un client. Ça a été une demande spécifique, parce que c’est le plus gros client de l’agence et il a demandé à ce qu’il y ait une personne. Initialement, c’est un alternant QHSE qui devait être présent. Du coup, mon poste a été transformé. Mais c’était vraiment une demande du client que je sois intégrée à l’équipe d’encadrement sur le site. Parfois, il m’arrive quand même de passer à mon agence, quand il y a d’importantes réunions, des points mensuels, mais disons que 99% du temps, je ne suis que chez ce client. Cela permet de réagir directement. Le fait de connaître le client, d’interagir tous les jours avec lui, me permet de savoir comment il fonctionne, comment il réagit.Tous les jours, il y a des choses qui changent. Il y a beaucoup de social, parce que dans le métier de la propreté, les salariés, parfois, ont besoin d’aide et ont des problèmes à régler. Le fait d’avoir 50 Agents à gérer peut entrainer des problèmes relationnels entre certains, des conflits… ça bouge tous les jours, il n’y a pas une journée qui se ressemble. Le fait que ce ne soit pas routinier, c’est ce qui me plaît dans mon métier ».

Comment avez-vous eu le déclic pour vouloir franchir le pas ?

« J’ai voulu trouver une structure de bilans qui soit proche de chez moi et probablement qu’à l’époque, comme j’avais encore peur du téléphone, il devait y avoir une adresse mail pour vous contacter. Parce que certains centres de bilan de compétences ne mettent que le numéro de téléphone et dans ma tête c’était « NON ». Le premier contact avec Sandra s’est très bien passé. Après, c’était parti. Parce qu’avant de prendre la décision de faire un bilan de compétences, j’étais vraiment perdue, avec mes problèmes de dos. Les douleurs ont ensuite touché les épaules, les cervicales, donc je me suis dit « mince, qu’est-ce que je vais pouvoir faire ». J’étais complètement perdue et il me fallait vraiment ce bilan pour sortir de tout ça.

Il faut tout simplement se lancer, à un moment donné, quand on n’est pas bien où on est. Il y a toujours une solution, il faut juste trouver la bonne ».

Quel rôle ont joué vos proches dans ce changement de vie professionnelle ?

« Mon conjoint m’a accompagné du début à la fin donc il a vu toutes les étapes par lesquelles je suis passée et à chaque fois, il a su trouver les mots ou les gestes pour m’encourager. A chaque fois qu’il y avait quelque chose où je bloquais, que je n’arrivais pas à faire, s’il voyait que ça bloquait complètement, il proposait de m’aider en le faisant ou en m’accompagnant. Par exemple, quand j’ai cherché un Psychologue. Au départ, j’ai eu beaucoup de mal à en trouver un, parce qu’ils étaient tous overbookés. À force d’avoir des refus, je n’arrivais plus à appeler, je faisais un blocage. Je me souviens, un jour, il me dit « Écoute, tu me donnes le prochain numéro de ta liste et puis moi, je vais appeler. ». Je lui ai donné et il est tombé sur ma thérapeute qui bien sûr lui a demandé si c’était bien une démarche volontaire de ma part. Quelque part, grâce à lui, j’ai eu ce suivi là avec ce spécialiste.

Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de voir ma thérapeute, parce que j’ai pris les bons réflexes. Je sais quand je commence à dévier dans mes pensées et comment redresser un peu la barre. Il faut réussir à reconnaitre les situations qui font peur et savoir comment on peut les gérer ».

Quels sont les aspects qui ont été les plus durs à gérer et que vous aimeriez partager avec nous ?

« Déjà, il y a eu le refus de l’organisme financeur. C’est important de savoir qu’il faut remplir un certain nombre de conditions et ce n’est pas forcément évident.

Après, ce qui a bloqué, comme pour tout le monde, ça a été le confinement. Le Centre de Formation propose normalement 4 mois de cours suivis de 4 mois de stage et c’est par cette voie que je voulais passer. Sauf qu’à aucun moment, ils parlent de l’alternance. J’avais pris contact avec eux en janvier/février, ensuite il y a eu le confinement et j’ai repris contact avec eux en juin. La Responsable de formation m’a dit « Oui, mais vu votre parcours, on ne peut pas vous prendre dans cette formation, parce que vous n’avez pas assez d’expérience et on a peur que vous ne trouviez pas de stage. ». Directement, c’est comme si j’avais une épée de Damoclès sur la tête parce que du jour au lendemain, on me disait que je ne pourrais pas rentrer en formation.

C’est là que l’organisme de formation m’a parlé de l’alternance et où j’ai eu la chance d’être directement contactée par la société où je suis actuellement justement. Le Centre de Formation a pris mon CV, ils ont pris mes coordonnées pour diffuser à certaines sociétés avec qui ils sont en lien. Il se trouve que mon entreprise avait des besoins sur plusieurs sites ».

Diriez-vous que vous êtes désormais épanouie avec cette nouvelle aventure qui débute ?

« A 200% ! La seule chose a un moment donné que j’ai un peu regretté, c’est au niveau de la formation. Un autre centre de formation avait attiré mon attention mais mon dossier était déjà lancé ».

Quelle est la prochaine étape ?

« C’est une très bonne question ! Déjà, acquérir de l’expérience, parce que je suis novice dans ce domaine. Pour l’instant, je compte rester sur ce poste, pour me faire la main. Je sais qu’il devrait y avoir une deuxième agence, où ils auront peut-être besoin d’un Responsable QHSE, ce pourrait être une opportunité à saisir. Pour l’instant, je ne me sens pas prête, peut-être que d’ici quelques années, pourquoi pas. Puis à moyen terme, avec mon mari, nous avons toujours eu envie de quitter la région parisienne ».

Avez-vous pensé à faire des interventions auprès des universités / entreprises pour parler de QVT ou du burnout ?

« Pas du tout, mais c’est vrai que ça pourrait être intéressant, au niveau des entreprises. On sous-estime un peu ces risques et on se dit « oui il est juste fatigué aujourd’hui, ça va passer » et puis le lendemain ça se répète. Ça peut être intéressant, oui !

En revanche, au niveau des établissements scolaires, un peu moins, parce que j’ai été un peu traumatisée par ma scolarité, dans le rapport avec les élèves.

Je me vois davantage intervenir auprès d’adultes, car je me sens plus proche d’eux que de personnes plus jeunes.

Les étudiants, je pense que ça passe, mais des personnes plus jeunes, non, ce n’est même pas envisageable. Ce qui peut être intéressant du côté des lycées, parce que c’est quelque chose que j’ai subi aussi, c’est tout ce qui est harcèlement scolaire. C’est une chose que j’ai vécu au collège et maintenant avec les réseaux sociaux, il peut être intéressant de témoigner pour les sensibiliser ».

Que conseilleriez-vous aux personnes qui hésitent encore à faire une reconversion ?

Il faut se lancer ! Le plus dur, c’est de se lancer et une fois qu’on est dedans, tout suit. En plus, un bilan de compétences, ça n’engage à rien et ça permet de faire un point sur sa situation. Comme je disais précédemment, si on n’est plus bien dans son poste, si on se pose des questions, c’est peut-être parce qu’il y a besoin de changer et il faut juste oser le faire.

Ça me fait plaisir aussi de partager mon expérience, parce qu’il y a tellement de personnes qui n’osent pas se lancer et qui en auraient besoin, alors qu’il suffit juste d’avoir le déclic et d’y aller tout simplement. 

Et si c’était à refaire ?

Peut-être que je me renseignerai davantage sur les centres de formation et ce qu’ils proposent. Malheureusement, on ne peut pas le savoir avant.

Merci beaucoup Solène !

Merci à vous aussi, c’était sympathique d’échanger.

Support :
Cynthia PEDROSA, Gérante
Sandra FIEF, Consultante

Interview et mise en page :
Nadège THENADEY, Community Manager

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Cet article a été écrit par nthenadey@cbp-socialconsult.fr

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